RECOLLECTION FKMP (Pâques 2010)

Samedi 20 et dimanche 21 février 2010

Missions Franciscaines “La Clarté - Dieu”

95, rue de Paris – 91400 ORSAY

 

 

 Le chrétien face au mal et à la souffrance (*)

La souffrance est le pendant du mal. On souffre parce qu’on a mal et le mal fait souffrir physiquement ou intérieurement. Mais qu’est-ce que le mal ? Le mal est obscur en lui-même ; le mal est l’irrationnel par excellence.
On peut distinguer trois formes du mal :

  1. Le mal « innocent » qui est inscrit dans la nature des choses indépendamment de toute responsabilité humaine. Ici le scandale est plus fort entraînant la réaction logique : Où est Dieu, le grand Ordonnateur ?
  1. Le mal « responsable et coupable » qui vient de l’homme lui-même d’où la question : pourquoi l’homme est-il mauvais ?
  1. Enfin le mal « mixte » dont la source est la soumission de la nature par la liberté humaine. La solitude est un exemple de mélange de souffrance et de mal.

Le mal « innocent »

Nous sommes tous témoins du mal « innocent », la présence d’un mal objectif : les tremblements de terre récemment en Haïti qui ont tué plus de 200 000 personnes, les inondations ou les pluies diluviennes à Madère ou encore les tsunamis mettant l’homme en état de jouet incontestable et impuissant des forces naturelles anonymes et aveugles. Alors, croyants ou non, nous nous posons la question : si Dieu existe et aime les hommes, pourquoi ces nombreux « vices de construction » dans ce monde où il nous a donné pour vivre ?

Face à ces divers évènements porteurs de mort, le mal et la souffrance nous atteignent dans notre vie quotidienne et en tant que chrétiens ils nous mettent en doute notre foi. Dieu nous a créés à son image pour vivre heureux alors pourquoi nous subissons le mal et la souffrance, pourquoi la maladie et l’angoisse de la mort sont présentes dans toute notre existence ? Si Heidegger a défini l’homme comme « un être pour la mort », qui peut affirmer que l’éternité d’une joie peut compenser un instant de la douleur humaine ?

Cependant en réfléchissant, quand on parle du mal, il faut être honnête et reconnaître que l’homme y a largement sa part. Il y a un mal « responsable et coupable ». Pourquoi donc l’homme est-il si souvent l’auteur du mal ?

Le mal « responsable et coupable »

L’homme se révèle dans l’histoire capable du pire comme du meilleur. Les horreurs de la haine et de la violence à travers les guerres, le génocide, les attentats terroristes ne peuvent innocenter les hommes car ils ont été le fruit de décisions humaines, directes ou indirectes. Devant de tels spectacles d’horreurs, un cri de conscience s’élève spontanément en nous : Si Dieu existe, ce Dieu Père et amoureux de l’humanité, comment peut-il permettre cela ?

Car si Dieu existe, il ne peut être que bon et tout-puissant. Hans Jonas, philosophe juif allemand, dont la mère est morte à Auschwitz, parle de Dieu comme « l’Infini qui a dû se contracter en lui-même et laisser naître ainsi à l’extérieur de lui le vide, le néant, au sein duquel et à partir duquel il a pu créer le monde ». Ce faisant, dès l’instant de la création, Dieu souffrait de la part de l’homme qui l’a déçu. Il devient également un Dieu en devenir en ce sens qu’une relation nouvelle entre les créatures et le Créateur constitue une expérience à explorer. Il sera aussi un Dieu soucieux, tout simplement parce qu’il aura confié le monde à d’autres acteurs que lui-même, à des acteurs libres. « Dans le simple fait d’admettre la liberté humaine réside un renoncement de la puissance ». Dieu a renoncé à sa toute puissance pour permettre à l’homme d’exister vraiment libre. Cette liberté humaine peut devenir source du mal si elle s’exerce hors du dessein de Dieu ; et la souffrance de l’homme devient mystérieusement souffrance pour Dieu.
L’exercice de cette liberté met en présence un mal humain qui a sa source de l’affrontement des libertés dans la famille, dans les communautés, dans les sociétés, dans les rapports inter-humains, lieu de la communication et de l’amour mais aussi lieu de divisions, d’antagonismes, de murs infranchissables. Les rapports de domination, de violence ou de possession égoïste supplantent souvent les rapports fraternels, le souci de justice et l’esprit de solidarité. On se trouve, selon le terme chrétien classique, en présence d’un péché « collectif » ou d’un péché « social ». Ce péché social ou collectif porte en lui un maléfice original, une réalité à considérer et à combattre comme telle.

Enfin avec un peu de discernement, chacun d’entre nous ne découvre-t-il pas, s’il veut être honnête, une connivence profonde en lui-même avec ces formes du mal ? Saint Paul avait bien diagnostiqué cette expérience de l’homme laissé à lui-même : « Je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais » (Rm 7, 15). Mais pourquoi donc sommes-nous « faits » ainsi ?

Le mal « mixte »

La distinction entre un mal complètement innocent et un mal « coupable » de la part de l’homme doit être pour une part remise en cause.
En effet, la nature est devenue ce que l’homme l’a faite. Il l’a transformée pour le meilleur et pour le pire, car la nature a été et est soumise à la liberté de l’homme. Si nous manquons un jour d’air ou d’eau, la faute en sera bien aux hommes. Toutes les créations ou constructions conçues ou réalisées par les hommes, fruits de leurs connaissances et de leurs techniques, mal contrôlées et sans éthique présentent des risques d’accidents et de nuisances à leur vie et à l’humanité. Par exemple dans l’ordre de la vie sociale, le cas de la personne seule n’est-elle pas d’une manière ou d’une autre, de par son comportement, source de sa propre solitude ? Les cas « mixtes » de souffrance et de mal comme la solitude, sont de plus en plus nombreux dans nos sociétés de plus en plus complexes.
Ainsi le mal et la souffrance sont inhérents à notre vie d’homme en tant que créature libre et responsable. Pour certains ils sont sources de révoltes voire d’insultes à Dieu, pour nous chrétiens quel sens nous leur donnons ?

De l’excès du mal à l’excès de l’amour

A l’excès du mal, le seul contre-poids possible est un excès d’amour. Un amour est plus fort que la mort. Tel est bien le message chrétien : il ne vise d’abord ni le mal ni le péché de l’homme ; il annonce la libération du mal et du péché. Le message chrétien n’est pas un discours mais une image réelle, celle du Christ en croix. Le Fils de Dieu lui-même est venu prendre sur lui toute la réalité du mal en acceptant d’être mis à mort au terme d’un procès injuste et d’une manière infamante.

La croix du Christ nous a libérés du mal

Le livre de Job nous a renvoyés à l’avenir de la croix du Christ où l’excès d’amour nous est montré et donné. Dans la croix du Christ, nous trouvons un engagement de Dieu, une prise de responsabilité, une solidarité volontairement assumée. Sur la croix, Jésus nous parle par sa manière de vivre et de mourir : « Le problème du mal qui vous écrase, m’écrase moi aussi…..Le mal, la souffrance, la mort, oui je sais, je connais, je les ai vécus. »
La croix est le miroir du mal et du péché de l’homme. Le Christ en croix est le résultat de l’excès du mal, à travers nos péchés, de notre lâcheté et de notre méchanceté. Par nos actions inhumaines, nos égoïsmes et nos comportements indignes de l’amour de Dieu, nous avons mis à mort « un innocent et un juste ». Dans sa mort, Jésus a connu autant de souffrances morales que physiques.

La croix nous révèle l’amour absolu de Dieu

Non seulement la souffrance et la mort du Christ sur la croix nous ont libéré de l’excès du mal mais nous révèlent un amour plus fort que la mort. Jean nous dit : « Jésus qui avait aimé les siens qui sont dans le monde les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Cet amour jusqu’au bout de lui-même révèle une beauté à laquelle on ne peut qu’adhérer. Dans le conflit de l’horreur et de la beauté, la beauté est gagnante. Pour nous chrétiens, face au mal et à la souffrance, nous devons déployer l’amour et la conversion dans notre vie quotidienne. Le monde a besoin d’une « civilisation de l’amour » et non une culture du mal, de la haine et de la violence. « Lue au cœur de la foi chrétienne, la résurrection est non seulement la confirmation par le Père de la « justice » de Jésus, mais aussi la manifestation de la fécondité de son amour. La mort a été vaincue par la vie ».

(*) Cette synthèse a été faite à partir de la conférence de carême du P. Théophile RAKOTONIRINA – Le chrétien face au mal et à la souffrance -, complétée par les échanges entre chrétiens de la FKMP et par la lecture des différents ouvrages suivant :

Pierre RAZAFIMAHATRATRA