La 3ème Encyclique du Pape BENOIT XVI a été signée le 29 juin 2009, en la fête de Saint Pierre et Saint Paul. Mais c’est sa première Encyclique sociale, publiée le Mardi 7 juillet 2009, intitulée « Caritas in Veritate » (au prix de 5 euros dans toutes les librairies). Le Pape réclame la création d’une autorité politique internationale capable de gouverner l’économie mondiale. C’est à la veille du Sommet du G8 (les pays les plus industrialisés) et dans un contexte de crise financière internationale. D’autres thèmes sont abordés relatant la doctrine sociale de l’Eglise. L’Encyclique représente certains aspects du développement durable dans le respect de la dignité humaine. Un message d’espérance. Voici une modeste présentation de l’Encyclique.
Bonne lecture!
Dans ce texte de 150 pages, le Saint-Père insiste sur la nécessité, à ses yeux, d’une « réforme » rapide de l’Organisation des Nations Unies en tant qu’ « architecture économique et financière internationale »(n° 67), afin « d’assainir les économies frappées par la crise, prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres »(n° 67), dans cette communication aux Evêques et, par leurs intermédiaires, à l’ensemble des Catholiques, mais elle s’adresse aussi à tous les hommes de bonne volonté. Selon « Caritas in Veritate (l’Amour dans la Vérité), cette « Autorité » constituerait « un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire » (n° 67). Elle devrait aussi « procéder à un souhaitable désarmement intégral, parvenir à la sécurité alimentaire, assurer la protection de l’environnement et réguler les flux migratoires » (n° 67), tout ceci selon le « principe de solidarité » (n° 67), estime encore le Pape BENOIT XVI. Affirmant que « la mondialisation, a priori, n’est ni bonne ni mauvaise » (n° 42), le chef de l’Eglise Catholique appelle à en être non pas « victimes » mais « protagonistes » et à en « corriger les dysfonctionnements » (n° 42), parfois « graves ».
Rappel de la Doctrine sociale de l’Eglise
« Caritas in Veritate » est un principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de l’Eglise » (n°6). Le Cardinal Renato Raffaele MARTINO, Préfet du Conseil pontifical Justice et Paix, a souligné que l’Encyclique, qui vise à promouvoir le « développement humain intégral », c’est-à-dire à prendre en compte les besoins moraux, spirituels et éthiques de l’homme, « n’est pas faire spécifiquement pour la crise » car elle « durera beaucoup plus longtemps » qu’elle. Inévitablement, la crise économique donne toutefois à ce texte une résonance et une actualité particulières, constituant une opportunité pour l’Eglise de rappeler les fondements de sa doctrine sociale et les appliquer à la globalisation. Une perspective chrétienne sur l’homme : une dimension anthropologique, sans être anthropocentrique, car « l’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain » (n° 78). Mais aussi une dimension de gratuité et de don, et de solidarité. Notons d’ailleurs que toutes les grandes Encycliques de doctrine sociale sont intervenues à des étapes décisives du développement économique : « Rerum novarum » (par le Pape Léon XIII, 1891) en plein essor du capitalisme industriel, « Quadragesimo anno » (par le Pape Pie XI, 1931) avec la grande dépression, ou encore « Centisimus annus » (par le Pape Jean-Paul II, 1991), marquant la fin du communisme. Sans oublier l’Encyclique « Populorum Progressio » écrite par le Pape Paul VI en 1967, sur le développement intégral et durable.
Contrairement à ses deux précédentes Encycliques (« Deus Caritas est », Dieu est Amour, publiée en janvier 2006, consacré à l’amour et à la charité, et « Spe salvi », Sauvés par l’Espérance, en novembre 2007, critique du marxisme et de la « foi dans le progrès »). Ce nouveau texte, à la portée plus sociale que « théologale » est aussi moins personnel, résultat d’un travail de collaborations (comme c’est d’ailleurs traditionnellement le cas pour les Encycliques. Très influencé économiquement par la méfiance de la philosophie allemande hégélienne à l’encontre du libéralisme et du capitalisme, mais aussi soucieux de crédibilité, le Pape a beaucoup consulté : le Conseil pontifical Justice et Paix pour le matériel de base, des économistes italiens comme M. STEFANO ZARAGNI, spécialiste d’économie sociale, le banquier Ettore GOTTI TEDESCHI, gouverneur de la Banque d’Italie, des experts allemands de la doctrine sociale, comme Mgr Reinhard MARX, archevêque de Munich, ou encore son ancien collègue d’université le philosophe Ernst-Wolfgang BÖCKENFÖRDE, l’un des grands critiques actuels du libéralisme.
Outre la thématique de la mondialisation, le Pape BENOIT XVI aborde un très grand nombre de sujets avec, en ligne de mire, la défense de « la dignité inviolable de la personne humaine » et la prise en compte de l’éthique dont « l’économie a besoin pour fonctionner correctement » (n° 45). Voyant un « lien étroit entre pauvreté et chômage » (n° 63), il dénonce « l’abaissement du niveau de protection des droits des travailleurs » et défend le « droit à un juste salaire », rappelant que les syndicats « ont toujours été encouragés par l’Eglise » (n° 64). Il pourfend aussi « l’hédonisme et le consumérisme » (n° 51), notamment dans le tourisme international « qui peut se transformer en occasion d’exploitation et de déchéance morale » (n° 61), particulièrement le « tourisme sexuel pour lequel tant d’êtres humains sont sacrifiés, même à un jeune âge » (n° 61). Le phénomène des migrations lance des « défis dramatiques » (n° 62), affirme-t-il aussi, rappelant que « tout un migrant est une personne humaine » (n° 62) et « possède des droits fondamentaux inaliénable » (n° 62). Le respect dû à la personne, et aux générations futures, implique aussi selon lui, « une maîtrise responsable sur la nature ». « Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne : on ne peut exiger les uns et piétiner les autres » (n° 51).
Enfin, le Pape reprend des thèmes traditionnels, dénonçant la « plaie tragique et profonde de l’avortement » (n° 75), une « planification eugénique systématique des naissances » (n° 75), l’euthanasie, et voyant dans « le mariage entre un homme et une femme, la cellule première et vitale de la société » (n° 44). « Considérant l’augmentation de la population comme la cause première du sous-développement est incorrect, même du point de vue économique » (n°44), affirme ainsi le Pape BENOIT XVI. Il appelle dans ce contexte à une « procréation responsable qui constitue, entres autres, une contribution efficace au développement humain intégral » (n° 44) et où la sexualité ne peut pas se réduire « à un pur fait hédoniste et ludique » (n° 44).
ELIASY Liva
Lors de l'audience générale tenue Salle-Paul VI le mercredi 8 juillet, le Saint-Père est revenu sur son Encyclique qui, a-t-il dit aux fidèles, souligne combien la « charité dans la vérité est la force qui favorise le vrai développement de la personne et de l'humanité. Eclairée par la foi et la raison, elle seule permet d'atteindre un développement doté de valeurs humaines ».
Caritas in Veritate « approfondit la réflexion ecclésiale sur une question sociale capitale pour l'humanité, en particulier si on en réfère à ce qu'écrivait Paul VI en 1967 dans l'Encyclique Populorum Progressio ». Le nouveau texte ne prétend pas «apporter de solutions pratiques aux grands problèmes sociaux de notre monde mais veut rappeler les principes fondamentaux d'un véritable développement humain. C'est pourquoi il porte son attention sur la vie de l'homme, élément de tout véritable progrès, sur le respect de la liberté religieuse et une vision prométhéenne de l'homme, considéré comme simple artifice de son propre destin».
Pour cela, a ajouté Benoît XVI, il faut des « hommes justes en politique comme en économie, avant tout attentifs au bien commun ». Et à propos des fléaux mondiaux, il a rappelé « l'urgence qu'il y a à sensibiliser l'opinion publique au drame de la faim et à la sécurité alimentaire. Il faut traiter la question avec décision en éliminant les causes structurelles de cette situation et en favorisant le développement agricole des pays pauvres". En outre, l'économie « a besoin de l'éthique pour fonctionner correctement, mais aussi du principe de gratuité et de la logique du don dans une économie de marché où le seul profit ne peut être la règle. Ceci n'est possible que par un effort commun, des économistes et responsables politiques, des producteurs et des consommateurs, et une formation des consciences pour recourir à des critères moraux dans tout projet politique ou économique. Il faut également un mode de vie nouveau pour l'humanité entière, avec des devoirs correspondant à des droits qui respectent l'environnement et la personne dans sa relation aux autres ».
Face aux graves problèmes du moment, une « autorité politique mondiale est nécessaire, qui respectera les principes de subsidiarité et de solidarité, en mesure d'orienter positivement le bien général dans le respect des grandes traditions morales et religieuses de l'humanité ». En concluant, le Saint-Père a demandé aux fidèles de prier pour que Caritas in Veritate « aide l'humanité à se considérer comme une famille engagée à construire un monde de justice et de paix », les invitant aussi à prier pour les chefs d'État et de gouvernement du G 8 qui s'ouvre à l'Aquila. « Ce sommet mondial doit prendre des décisions et des orientations utiles au progrès des peuples, des plus pauvres en particulier ».
Extrait du VIS le 8 juillet 2009